Nouvel Article: 20 Juin 2020 (Clua et al)

Pourquoi poursuivre l'abattage inutile des requins ?
20 Juin 2020 | Contact: ERIC CLUA | Ocean and Coastal Management

Une nouvelle Calédonie triomphante vient d’annoncer le 18 juin que les autorités locales avaient capturé deux requins tigre suite à la découverte du cadavre d’un véliplanchiste disparu (1), qui portait des traces de morsures de cette espèce. Premièrement, cette espèce de requin est réputée pour se nourrir sur des cadavres et rien ne prouve que ces morsures n’étaient pas post-mortem. Deuxièmement, quand bien même cette mort serait l’œuvre direct d‘un requin tigre ayant mordu un véliplanchiste bien vivant, les campagnes de pêche aveugles ne servent à rien. Etant donné leur rareté et imprévisibilité, il est quasiment impossible de démontrer l’efficacité de ces campagnes aveugles, l’inexistence de morsures à court terme pouvant être simplement liée au hasard.

En revanche, il est aisé de démontrer leur inefficacité à long terme. Malgré les déclarations (indéniablement suspectes de parti-pris) de certains scientifiques en faveur de ces pêches l’exemple de La Réunion est probant. Suite à cinq morsures fatales en trois ans (2011-2013), des pêches initiées en 2013-2014 n’ont pas empêché six morsures fatales au rythme de deux tous les deux ans (2015, 2017, 2019). Où est l’efficacité ? Dans l’hypothèse (indémontrable) que sans ces pêches, il y aurait eu plus de morts ? Pure conjecture… Et donc : que faire pour gérer efficacement et de façon eco-responsable les morsures fatales sur l’Homme dans des contexte comme La Réunion ou la Nouvelle-Calédonie ? La réponse scientifique la plus aboutie: le profilage génétique individuel des requins (PROGENIR) préconisé depuis plusieurs années.

Taxé jusqu’à aujourd’hui d’irréaliste, cette approche est maintenant validée scientifiquement par un article sorti ce jour dans Journal of Ocean and Coastal Management (2) (Elsevier).

Résumée sur le schéma ci-contre, cette approche suggère deux axes parallèles et complémentaires : tout d’abord prélever l’ADN du requin mordeur sur les victimes afin d’identifier, non pas l’espèce, mais l’individu au sein de l’espèce de requin (profilage génétique individuel sur l’ADN nucléaire). Ensuite, organiser un accès récurrent à un maximum d’individus de la population de requin hébergeant cet « individu à problème » (3), permettant de prélever leur ADN (pour un profilage individuel systématique) et d’être en mesure de les identifier visuellement ou à l’aide de tags afin de pouvoir les retrouver. Il suffirait ensuite de croiser les informations entre ADNs pour identifier les « individus à problème » et les retirer chirurgicalement de l’écosystème le moment venu, même si c’est plusieurs mois après l’incident. Sachant qu’il y a une très forte probabilité que ce soit le ou les mêmes requins qui mordent l’Homme à plusieurs reprises (3)… Et non : çà ne coûterait pas plus cher au contribuable d’en passer par là, au contraire. Et çà pourrait réconcilier l’Homme avec les requins en focalisant les problèmes de morsure de prédation sur quelques rares individus, comme c’est le cas pour les tigres terrestres en Inde qui tuent des dizaines d’Hommes tous les ans, sans être perçus, comme leurs lointains cousins aquatiques, comme de vulgaires animaux instinctifs assoiffés de sang.

RÉFÉRENCE
(2) Clua E.E.G, Linnell J.D.C., Planes S. and C.G. Meyer (2020). Selective removal of problem individuals as an environmentally responsible approach for managing shark bites on humans. Journal of Ocean and Coastal Management. 194 (2020) 105266. https://doi.org/10.1016/j.ocecoaman.2020.105266

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